Interview. Moi, Ota, rivière d’Hiroshima. Nouvelle pièce de Jean-Paul Alègre. Présentée en lecture au festival de Châtillon 2015

Cette pièce a été présentée samedi 17 septembre 2016 à Annecy, salle Pierre Lamy, dans le cadre du Festival de théâtre Sur un plateau. Voir notre page spéciale Festivals.

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Interview exclusive de Jean-Paul Alègre. Réalisée en mai 2015.

Une Ode à la paix.

° Vous avez écrit une pièce nouvelle : Moi, Ota, rivière d’Hiroshima.
Comment vous est venue l’idée d’écrire une pièce sur ce thème ?

Photo Yannick Perrin

Photo Yannick Perrin

Alors que, mon épouse Annick et moi, nous nous trouvions au Japon pour la création de ma pièce « Deux tickets pour le paradis », nous avons été invités pour le troisième anniversaire du Café Culturel français, à Hiroshima.
Je devais présider, au Musée de la Ville,  les cérémonies d’anniversaire, un soir d’avril 2012.
L’après-midi même, nous avions visité le Mémorial  pour la paix, moment intense d’émotion…

Ota. Une rivière portée à ébullition le 6 août 1945

Parmi de nombreuses images et informations, j’ai été particulièrement frappé par le fait que la large et belle rivière Ota, qui traverse la ville, et près de laquelle nous marchions, avait été portée à ébullition, le matin du 6 août 1945.
De même, lorsque l’on nous a expliqué que la nuit et la pluie nucléaire se sont abattues sur la Ville, quelques minutes après l’explosion, nous avons évidemment été fortement impressionnés.

Le soir même, le maire d’Hiroshima, présidait  avec moi l’anniversaire du Café Culturel français. Dans le petit moment où le protocole nous a permis de nous retrouver quelques minutes face à face, sans journalistes et service d’ordre, je lui ai parlé de sa belle rivière qui s’est mise à bouillir.

Écrivez donc une pièce sur Hiroshima !

Il a eu alors une réaction surprenante, un des moments les plus étonnants et les plus forts de ma carrière, et m’a dit : « Écrivez donc une pièce sur Hiroshima ! ».
Nous nous exprimions tous les deux en anglais, et j’ai été tellement surpris, que j’ai dû répondre que tout avait déjà été écrit sur Hiroshima.
Il a alors précisé : «Certes, mais pas du point de vue de la rivière. Personne n’a encore donné la parole à cette rivière que la folie des hommes a effectivement portée à ébullition, il y a presque 70 ans… ».
Nous avons ensuite été happés par nos obligations protocolaires, mais je peux vous dire que c’était un moment incroyable !
C’est comme cela qu’est née l’idée d’écrire cette pièce.

° De nombreux écrits et films ont déjà été réalisés sur la guerre, la bombe atomique. Pourquoi écrire une pièce de théâtre sur Hiroshima ?

Jean-Paul-AlegreComme je vous l’ai expliqué, la rencontre avec le maire d’Hiroshima a été déterminante.

De même, ma carrière étant tellement surprenante au Japon, avec ce formidable capital de sympathie du public japonais pour mes pièces, que l’approche du 70e anniversaire de la catastrophe nucléaire a aussi joué dans ma décision, car cela me permettait d’offrir une création mondiale a l’équipe de production qui défend mes textes depuis longtemps maintenant dans ce pays.
Par ailleurs je savais que les gros moyens techniques dont dispose le théâtre japonais permettraient de donner un relief encore plus impressionnant au spectacle.

° Vous n’avez pas choisi la facilité en vous engageant sur cette thématique. Quelles ont été vos orientations et choix littéraires de départ ?

Photo Yannick Perrin

Photo Yannick Perrin

Il m’a fallu environ un an pour réunir la documentation et rédiger le texte.
La trame dramatique mélange des actions différentes : celle des conseillers du Président des États-Unis, qui préparent la bombe nucléaire, et celle des habitants, les humbles, qui vivent leur vie sans savoir ce qui les attend. Toute la pièce est bâtie sur la rencontre de deux axes : celui sur le plan horizontal de la rivière qui coule vers le spectateur et celui sur le plan vertical de la bombe qui tombe vers cette même rivière. Dès le départ je savais en effet que ce serait la rivière qui raconterait la catastrophe nucléaire au spectateur.
D’où le titre, bien sûr…

Masako Okada traductrice et metteur en scène au théâtre Kaï

Dès le départ aussi, il était entendu que la création mondiale serait réservée à ma traductrice et metteur en scène fétiche, là-bas, Masako Okada, dans le théâtre Kaï, qui joue toutes mes pièces depuis dix ans, au cœur du quartier des lutteurs de Sumo, à Tokyo.
Avec bien sûr, une reprise en tournée à Hiroshima, Nagasaki, Kyoto, Fukuoka, et d’autres grandes villes du Japon.

° Qu’attendez-vous de la réaction du public japonais ? Et du public européen car, de par sa thématique, votre pièce est destinée à une large audience ?

Je suis toujours sidéré de la qualité de l’écoute et du respect qui entoure l’écriture théâtrale au Japon.
Cela n’a rien à voir avec la situation des auteurs en France par exemple, où le texte n’est pas toujours considéré comme l’élément constituant de l’activité théâtrale.
C’est aussi la première fois qu’une de mes pièces est spécifiquement écrite pour le public japonais même si elle sera reprise en France bien entendu, et je l’espère, dans d’autres pays.
J’attends donc avec impatience de voir comment elle sera reçue là-bas, sachant que le sujet est évidemment très sensible dans l’archipel.

Cédric Laubscher va créer la pièce en Europe

Pour ce qui est de la création en Europe, j’ai choisi de la confier à un formidable metteur en scène suisse, Cédric Laubscher.
J’ai sympathisé avec lui et son épouse, ma consoeur Natacha Astuto, remarquable auteur de théâtre et présidente de la Fédération Suisse de théâtre, lors d’une visite dans leur pays, pour aller voir des représentations de ma pièce « La maladie du sable ».

J’ai eu l’occasion de voir le travail de Cédric Laubsher sur la superbe pièce de Natacha Astuto, « Le dernier train » (que j’ai eu le plaisir de préfacer aux éditions Mandarine) et je me suis tout de suite rendu compte que le style de Cédric Laubsher, précis, efficace, musical, correspondrait parfaitement à l’univers de « Moi, Ota, rivière d’Hiroshima ».
J’attends donc beaucoup de cette rencontre.

Lecture d’extraits du texte au festival de Châtillon sur Chalaronne et à la médiathèque de Narbonne

Par ailleurs, Françoise Aufauvre, dont j’adore aussi le travail, et qui m’avait offert une Blanche Maupas de toute beauté, il y a quelques années, va présenter une pré-lecture de larges extraits au prochain Festival national de théâtre contemporain de Chatillon-sur-Chalaronne.

De même, Guy-Michel Carbou, compagnon de route indissociable de mes pièces (créateur inspiré de « Lettres Croisées » entre autres…) et son équipe du Théâtre des Quatre Saisons, vont également présenter une lecture théâtralisée le 29 Avril prochain à la médiathèque de Narbonne.

Vous voyez que cela bouge autour de la pièce.

Dessin réalisé par un rescapé de l’explosion.

Moi, Ota-illustrationIl faut ajouter à cela qu’elle a d’abord été publiée au Japon, dans la traduction de Masako Okada, dans une maison d’édition spécialisée dans le théâtre, comparable à l’Avant-Scène en France, et qu’elle vient justement d’être publiée ici en édition de poche Quatre-Vents à L’Avant-Scène, avec une superbe préface d’Olivier Celik.

Les éditeurs ont par ailleurs acquis les droits d’une couverture très émouvante qui est un dessin réalisé par un rescapé de l’explosion auprès de la rivière Ota que l’on voit en arrière-plan.

° Dans votre fort intérieur, avez-vous souhaité faire, de cette œuvre, une véritable ode à la paix ?

Hiroshima. Mémorial pour la Paix

Hiroshima. Mémorial pour la Paix

Oui,  bien sûr c’est fondamentalement une ode à la paix. Comment  ne le serait-ce pas après avoir visité le mémorial ? Au milieu de celui-ci, il y a une flamme, dont il est dit dans la plupart des langues utilisées sur notre planète qu’elle ne sera éteinte que le jour où la dernière arme nucléaire sera désamorcée.
Dans ma pièce, Ôta s’adresse au public à la fin et lui demande d’éteindre un jour cette flamme !
Mais, comme il n’est jamais bon de finir un spectacle sur une lumière qui s’éteint, je demande que des dizaines de petites lumières s’allument sur tout l’espace scénique.
Elles représentent bien sûr l’espoir que l’être humain sera assez sage pour faire le choix de la paix.

Merci

Propos recueillis par Guy Dieppedalle

- Lecture d’extraits de ce texte en public au festival national de Châtillon sur Chalaronne (Ain). Vendredi 15 mai 2015 à 10h00.
Voir le programme intégral du festival

Moi, Ota- CouvertureFiche technique

Moi, Ota, rivière d’Hiroshima
Pièce de théâtre
Auteur Jean-Paul Alègre
Nombre de personnages : 2 femmes. 6 Hommes
Durée : 02h00
Résumé
Au milieu de la ville d’Hiroshima coule la rivière Ota, paisible et majestueuse. Soixante-dix ans après, Ota raconte Hiroshima.
Au début des années 1940, c’est une ville où il fait si bon vivre que la jeune Akimitsu écrit à son petit frère Yoshi de quitter Tokyo pour venir la rejoindre chez leur oncle… Mais à l’autre bout du monde, une poignée d’hommes, à la Maison-Blanche, en décide autrement : le 6 août 1945, par une magnifique matinée d’été, un avion largue au-dessus de la ville une bombe atomique d’une puissance jusqu’alors inégalée. Un éclair déchire le ciel, une énorme explosion retentit, suivie d’un silence de mort. Ota entre en ébullition. Une pluie noire recouvre la terre dévastée. Le jour cède sa place à la nuit.
Lieux de représentation 2015
Théâtre Kaï de Tokyo

- Pièce de théâtre éditée à L’Avant-scène Théâtre

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